Retour sur le "Festival de Musique Classique" du mois d'Août 2019.

Retour sur le "Festival de Musique Classique" du mois d'Août 2019.
Musiques à Bougue

Hymne à la jeunesse

Pour son dixième anniversaire le festival de musique(s) de Bougue a, plus que jamais, permis à de jeunes talents de justifier tous les espoirs dont ils sont porteurs, au seuil de carrières internationales. Impressionnant et émouvant…

« Musiques à Bougue », festival qui fêtait les 23, 24 et 25 Août, ses dix ans, comme l’a rappelé en préambule Sara Fernandez, présidente de L’association Prélude, organisatrice du festival (1), est resté plus que jamais ancré dans ce qui en fait l’originalité : pédagogie pour un public élargi, musiques croisées, jeunes talents qui trouvent une scène, fût-ce celle intimiste de l’église qui fait écrin à ces éclosions. Cette orientation est la patte du violoncelliste international François Salque, professeur au conservatoire national de Paris, directeur artistique du festival de Bougue (et d’autres sous l’égide de l’association Musiques d’un siècle).

David Petrlik, 24 ans, violoniste admis à l’unanimité au Conservatoire national de Paris à l’âge de 14 ans et qui a déjà inscrit son nom dans des festivals prestigieux et des salles de concert ouvertes à l’élite de la musique de chambre, a véritablement séduit le public (en partie formé de mélomanes fidèles à Bougue). David Petrlik avec l’altiste Anna Sypniewski (qui venait de fêter ses vingt ans) engagèrent, en ouverture de soirée une suite de quatre inventions à deux voix de Jean-Sébastien Bach (Successivement en Do majeur, fa Majeur, La mineur, Si bémol majeur), puis de Mozart (duo N°1 en sol Majeur) avec sentiment et profondeur. Des pièces où le violon et l’alto forment un vrai duo d’instruments solistes. L’alto étant considéré comme tel par Wolfgang Amadeus… L’alto avec ses rondeurs et ses sonorités plus graves n’est plus le parent pauvre du brillant violon, mais joue jeu égal dans ces duos.

Violon seul, virtuose dans la pièce suivante, magnifiquement interprétée par le jeune violoniste avec les quatre mouvements de la Sonate pour violon solo de Bela Bartok, une œuvre majeure, riche de la profonde connaissance des folklores de l’Europe de l’Est et même de l’Afrique du Nord du compositeur hongrois (1884-1945). Une œuvre magistrale qui fut la dernière achevée (en 1944) avant la mort du Maître. Toute cette richesse, cet aboutissement fut superbement exprimé par la fougue et la passion de David Petrlik, qui donna également à entendre sa virtuosité avec les caprices 24 et 23 de Paganini qui font partie des morceaux les plus difficiles à jouer du « violon du diable ». Puis La soirée s’acheva avec la Passacaille ( à l’origine une danse espagnole à trois temps) de Haendel, « le diable saxon » (comme le nommait Scarlatti) de la musique baroque. Une transcription pour violon et alto de cette partie de la suite N°7. Très applaudis,  les deux interprètes bissèrent avec Bach.

Le prodige

Il a 18 ans, mais paraît plus jeune encore devant le monumental piano de concert. Sa maman est là, magnifique et touchante, au premier rang de la petite église, le regard noyé lorsqu’il plaque ses premiers accords sur le clavier après une longue minute de concentration.

Antonin Bonneta a débuté au piano dès l’âge de sept ans, lauréat de plusieurs concours nationaux et internationaux, admis à 16 ans au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris (CNSMDP) à l’unanimité du jury en février 2018, il est ce qu’il est convenu d’appeler un jeune prodige.

Concentration et fluidité avec Prélude et fugue de Jean-Sébastien Bach. Antonin sait en donner toute la force et les nuances. Bach, c’est le socle, la référence, la matrice puissamment structurée de toutes les musiques d’un siècle et de ceux qui suivront. Puis vient Brahms avec des variations sur un thème de Schuman (Opus 9). Antonin va crescendo et on le voit non pas seulement interpréter une œuvre, mais habité par la musique, transcendé par elle. C’est encore plus flagrant avec Chopin. Successivement Scherzo N°3, Ballade N° 4, Polonaise -Fantaisie opus 61. Antonin Bonneta restitue la fougue incandescente, le ruissellement de notes, la douceur rêveuse de la Ballade, puis cette Polonaise, composée en 1846 - peu avant la rupture du compositeur avec Georges Sand -   dont le rythme et la puissance formelle ne dissimule pas la tristesse poétique présente dans la ballade interprétée auparavant. Autant d’émotions, de nuances que fait passer Antonin. Le public, subjugué, heureux de découvrir tout le talent de ce très jeune homme, en redemande. Une fois et c’est une étude de Chopin, deux fois et c’est un Intermezzo de Brahms.

Carrefour des musiques

Final en apothéose, devant une église comble, le dimanche après-midi avec un quartet composé d’Hélène Walter (soprano), de Samuel Strouk (guitariste, compositeur, directeur musical et artistique), de Bastien Ribot (Violon) et d’Olivier Lorang (Contrebasse). Deux d’entre eux (Samuel Strouk et Olivier Lorang) étaient déjà connus du public fidèle du festival de Bougue, mais ce fut une belle surprise par le choix non conventionnel des œuvres, de leur enchaînement et de leur interprétation même.

Un mélange des styles, ou plutôt d’étonnantes « correspondances » (au sens baudelairien du terme) des musiques, de surprenantes osmoses, par-delà les époques et les genres.  Ainsi avec les Vêpres solennelle de Mozart et un Laudate Dominum où le violon sorcier de Bastien Ribot révèle que Wolfgang Amadeus avait un swing d’enfer ! Avec les pièces suivantes de Samuel Strouk, lui-même, inspiré par Django Reinhard et des mélodies, à l’instar du Rêve de Maya ou de ces rêves d’automne (Autumn dreams), comme suspendus à un merveilleux Nuage. Astor Piazzolla fut lui-même appelé, mais dans une transposition qui donna la musique du film Armageddon (celui avec Alain Delon). Vinrent ensuite deux compositions de Samuel Strouk, « Garden of love » sur un poème de William Blake et le poème « I will give my love an apple », un arrangement sur un chant populaire anglais, magnifiquement interprété par Hélène Walter dont la voix peut passer de la caresse du velours au déchirement des passions avec la soudaineté d’un orage d’été. Avec la magie du violon manouche de Bastien Ribot, cette voix d’une force et d’une douceur incroyables, enthousiasmèrent le public qui se leva après le « Je veux Vivre » du Roméo et Juliette de Charles Gounod. Les artistes écoutèrent la douce clameur du triomphe après le chant populaire ibérique « Zapateado » tiré de La Tempranica de Geronimo Gimenez (1854-1923), puis un rappel récompensé par un standard du jazz.

Ajoutons que ces quatre formidables artistes ont toujours l’air de s’amuser… et que l’on s’amuse avec eux.

Texte et Photo Jean-François Moulian

 

(1)   – La commune était représentée par Christian Cenet, initiateur du festival, ancien maire et toujours conseiller municipal, Mme le maire, Martine Blezy était pour sa part en Alsace pour la commémoration de l’exode et de l’accueil dans les Landes des réfugiés de 1939. Le festival est soutenu par les associations Musiques d’un siècle (François Salque), Prélude (Sara et Mathieu Fernandez), la Région Nouvelle Aquitaine, Mont de  Marsan (agglomération), les sociétés biocoop et Spedidam.